Atelier de lecture des petits
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Dire à un enfant que « ton corps t'appartient » paraît simple. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement pour lui ?

Cela signifie qu'il peut apprendre à reconnaître ce qui lui fait du bien ou le met mal à l'aise, qu'il a le droit d'exprimer ses limites et que son ressenti mérite d'être entendu.
Parler du consentement et de l'intimité dès l'enfance ne signifie pas forcément avoir une grande conversation solennelle sur les dangers auxquels l'enfant pourrait être confronté. Ces notions peuvent s'apprendre progressivement, dans des situations très ordinaires de la vie quotidienne.
Les occasions de parler des limites corporelles sont nombreuses.
Un enfant ne veut pas faire un bisou à quelqu'un.
Il demande qu'on arrête de le chatouiller.
Un autre enfant veut lui prendre la main alors qu'il n'en a pas envie.
Ces petits moments permettent de lui transmettre une idée essentielle :
il a le droit d'avoir des limites concernant son propre corps.
Cela ne signifie évidemment pas qu'un enfant décide de tout ce qui concerne son corps. Un parent devra parfois lui laver les cheveux, un médecin devra peut-être l'examiner ou un adulte devra intervenir pour assurer sa sécurité.
Mais on peut lui expliquer pourquoi certaines choses sont nécessaires, lui dire ce que l'on va faire et écouter ce qu'il ressent.
L’apprentissage du consentement peut justement commencer dans des situations très ordinaires. Le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle de l’Éducation nationale propose, dès l’école primaire, de travailler ces notions à partir de situations quotidiennes : demander avant de prendre quelqu’un par la main, de s’asseoir à côté de lui ou de le prendre dans ses bras. (Source : Ministère de l’Éducation nationale – Programme d’éducation à la vie affective et relationnelle)

On apprend beaucoup aux enfants à respecter les adultes, à être polis ou à obéir.
Mais il est également important qu'ils sachent qu'ils peuvent dire :
« Non. »
« Arrête. »
« Je n'aime pas ça. »
« Je ne veux pas. »
Et surtout qu'ils comprennent que ces phrases ont de la valeur.
Cela peut commencer par quelque chose d'aussi banal qu'un bisou.
Si un enfant ne souhaite pas embrasser un proche, on peut lui proposer une autre manière de dire bonjour : faire un signe de la main, envoyer un bisou, faire un check…
Il apprend ainsi qu'il peut être respectueux sans être obligé d'accepter un contact physique dont il n'a pas envie.
Pour pouvoir raconter quelque chose, encore faut-il avoir les mots pour le faire.
Apprendre aux enfants le nom des différentes parties de leur corps, y compris les parties intimes, leur permet de parler plus précisément de ce qu'ils ressentent ou de ce qui leur est arrivé.
Il n'est pas nécessaire de présenter cela comme quelque chose d'inquiétant. Le corps peut simplement faire partie des sujets dont on peut parler.
De la même manière, on peut expliquer progressivement la notion d'intimité : certaines parties de notre corps sont privées, certaines situations nécessitent de l'intimité et certaines limites doivent être respectées.
Tous les enfants ne réussiront pas immédiatement à dire :
« Cette situation ne respecte pas mes limites corporelles. »
En revanche, ils peuvent apprendre à reconnaître certaines sensations :
Je n'aime pas ça.
Ça me gêne.
J'aimerais que ça s'arrête.
Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas envie.
Il est important qu'un enfant sache qu'il peut venir parler à un adulte même s'il ne sait pas exactement expliquer ce qui ne va pas.
Apprendre à un enfant à dire non est utile.
Mais cela ne signifie jamais que c'est à lui d'empêcher un adulte ou un autre enfant de franchir ses limites.
Un enfant peut avoir peur. Il peut rester silencieux. Il peut être surpris, ne pas comprendre ce qui se passe ou ne pas réussir à réagir.
Il est donc essentiel que les messages de prévention ne deviennent pas :
« Tu aurais dû dire non. »
L'objectif est de lui donner des outils, pas une responsabilité qui appartient aux adultes.
On peut demander à l'enfant :
« Si quelque chose te mettait très mal à l'aise, à qui pourrais-tu en parler ? »
Papa, maman, un grand-parent, un enseignant, une éducatrice, une marraine…
L'idéal est qu'il puisse identifier plusieurs adultes de confiance.
Et il peut aussi apprendre quelque chose d'important : si le premier adulte ne comprend pas ou ne l'écoute pas suffisamment, il peut en parler à quelqu'un d'autre.
Comme pour beaucoup de sujets délicats, la fiction crée une certaine distance.
L'enfant n'a pas besoin de parler immédiatement de lui-même.
On peut lui demander :
Pourquoi ce personnage est-il mal à l'aise ?
Est-ce qu'il a le droit de dire non ?
Que pourrait-il faire ?
À qui pourrait-il en parler ?
L'histoire devient alors un point de départ pour une conversation qui peut continuer bien après la lecture.
C'est dans cette démarche que nous avons créé Mon corps est à moi – Parlons d'attouchements, dans la collection Les aventures de Tichéri.
À travers une histoire adaptée aux enfants, le livre permet d'aborder les limites corporelles, l'intimité et les comportements inappropriés sans transformer la lecture en discours anxiogène.
→ Découvrir Mon corps est à moi – Parlons d'attouchements
Et parce que la lecture peut être le début de la conversation, nous avons également créé des ressources pour accompagner les parents, les enseignants et les professionnels qui souhaitent aller plus loin avec les enfants.
→ Accéder aux ressources pédagogiques
Il n'est pas nécessaire de tout expliquer en une seule fois.
Comprendre que son corps lui appartient se construit progressivement : lorsqu'un adulte respecte un « stop » pendant un jeu, lorsqu'on demande à l'enfant son accord avant un contact, lorsqu'on écoute son malaise ou simplement lorsqu'on lui montre que les questions concernant son corps ne sont ni honteuses ni interdites.
Le message essentiel peut finalement tenir en quelques mots :
Ton corps t'appartient. Tu as le droit d'avoir des limites. Et si quelque chose te met mal à l'aise, tu peux toujours en parler.