Atelier de lecture des petits
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« Je ne l’aime pas. »
Quand cette phrase sort de la bouche d’un enfant, notre premier réflexe est parfois de la corriger.
« Mais non, ne dis pas ça. »
« Il faut être gentil. »
« Tu verras, quand tu le connaîtras mieux… »
Comme si ne pas aimer quelqu’un était forcément un problème à résoudre.
Pourtant, nos enfants ne sont pas obligés d’aimer tout le monde. Pas plus que nous.
Et comprendre cette différence entre aimer, apprécier, respecter et bien se comporter avec quelqu’un peut même être un apprentissage précieux.

À l’école, au parc, dans une activité sportive ou au sein d’une famille, les enfants côtoient des personnes qu’ils n’ont pas choisies.
Certaines deviendront leurs amis. D’autres non.
Ils peuvent trouver un camarade agaçant. Ne pas avoir envie de jouer avec lui. Ne pas apprécier sa façon de parler. Ne pas ressentir d’affinité particulière avec un autre enfant.
Et c’est permis.
Ce qui s’apprend, en revanche, c’est que ne pas aimer quelqu’un ne donne pas le droit de lui faire du mal.
On peut ne pas vouloir être ami avec quelqu’un et lui parler correctement.
On peut ne pas avoir envie de jouer avec quelqu’un sans l’humilier.
On peut préférer certaines personnes à d’autres sans exclure volontairement quelqu’un pour le faire souffrir.
Autrement dit : les sentiments ne sont pas obligatoires. Le respect, lui, l’est.
Cette distinction rejoint le travail autour des compétences psychosociales développé à l’école : apprendre à identifier et exprimer ses émotions, mais aussi à communiquer de manière constructive, à s’affirmer par le refus, à développer des relations positives et à résoudre les conflits. (Source : Éduscol – Ministère de l’Éducation nationale)
Cette distinction peut sembler évidente pour un adulte.
Elle l’est beaucoup moins pour un enfant.
Quand nous lui demandons d’être gentil avec quelqu’un, il peut comprendre qu’il doit accepter de jouer avec cette personne, lui faire un câlin, l’inviter ou même devenir son ami.
Pourtant, être respectueux ne signifie pas devoir créer une relation.
Un enfant peut dire :
« Je préfère jouer tout seul. »
« Je n’ai pas envie qu’on se fasse un câlin. »
« Je ne veux pas être son ami. »
Ces phrases peuvent nous mettre mal à l’aise. Mais elles peuvent aussi être le signe qu’un enfant commence à identifier ses envies, ses limites et ses affinités.
Notre rôle peut alors être de l’aider à les exprimer sans blesser l’autre.
« Je ne veux pas jouer avec toi parce que tu es nul » et « Aujourd’hui, j’ai envie de jouer avec quelqu’un d’autre » ne racontent pas la même chose.
L’UNICEF recommande notamment d’aider les enfants à exprimer leurs émotions et de les écouter avec empathie, sans jugement. (Source : UNICEF)
Nous apprenons beaucoup aux enfants à partager, à inclure, à pardonner, à faire des efforts.
Ce sont des apprentissages importants.
Mais nous pouvons aussi leur apprendre qu’une relation se construit à deux.
Ils ont le droit de se sentir particulièrement bien avec certaines personnes. D’avoir un meilleur ami. De changer d’amis. De s’éloigner d’une relation dans laquelle ils ne se sentent plus bien.
Et surtout, ils ont le droit de ne pas ressentir ce que les adultes aimeraient qu’ils ressentent.
On ne commande pas l’amitié.
Évidemment, la question devient beaucoup plus douloureuse lorsqu’on se place de l’autre côté.
Notre enfant peut lui aussi ne pas être choisi.
Un camarade peut ne pas vouloir jouer avec lui. Une amitié peut se terminer.
Une invitation peut ne jamais arriver.
Et cela peut faire très mal.
Là encore, il est possible d’accueillir cette peine sans transformer l’autre enfant en coupable.
On peut dire :
« Je comprends que tu sois triste. Tu aurais aimé qu’il ait envie de jouer avec toi. »
Plutôt que :
« Il est méchant de ne pas vouloir être ton ami. »
Car apprendre que les autres ont le droit de choisir leurs relations, c’est aussi comprendre que nous avons ce même droit.
Il reste bien sûr essentiel de distinguer le fait de ne pas vouloir être ami avec quelqu’un d’une situation d’exclusion, d’intimidation ou de violence répétée. La prévention de ces violences et la construction d’une culture du respect font pleinement partie des enjeux liés au climat scolaire. (Source : Ministère de l’Éducation nationale – Climat scolaire et prévention des violences)
Alors, est-ce qu’on est obligé d’aimer tout le monde ?
La question mérite peut-être d’être posée telle quelle.
Sans chercher immédiatement la bonne réponse.
Demandez à votre enfant :
« Est-ce que tu penses qu’on peut ne pas aimer quelqu’un et quand même bien se comporter avec lui ? »
Puis écoutez.
Les discussions philosophiques avec les enfants commencent souvent ainsi : par une question qui paraît toute simple… jusqu’à ce qu’on essaie vraiment d’y répondre.
Le samedi 12 septembre, les Éditions Visibles organisent à Genève un goûter philo autour de la question : « Est-ce qu’on est obligés d’aimer tout le monde ? »
Un moment pour permettre aux enfants de réfléchir, argumenter, écouter les autres et découvrir qu’une question peut avoir plusieurs réponses.
Parce qu’apprendre à penser par soi-même, ça commence aussi par avoir le droit de se poser des questions.