Atelier de lecture des petits
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Un enfant ouvre un livre.

Il découvre une histoire, des personnages, un univers.
Il rit, il a peur, il tourne les pages pour savoir ce qui va se passer.
Et parfois, il lui arrive quelque chose de tout simple et pourtant immense :
il se reconnaît.
Dans la couleur de peau d’un personnage. Dans ses cheveux. Dans sa famille.
Dans son corps. Dans sa façon de parler, de vivre, d’apprendre ou de voir le monde.
Pour certains enfants, cette expérience est banale.
Pour d’autres, elle reste encore beaucoup trop rare.

Les livres participent très tôt à la manière dont les enfants comprennent le monde qui les entoure.
Ils leur montrent qui peut être le héros d’une aventure, qui peut être drôle, courageux, amoureux, timide, maladroit, extraordinaire… ou simplement ordinaire.
Lorsqu’un enfant retrouve dans les histoires des personnages qui lui ressemblent, le message transmis est puissant :
toi aussi, tu as ta place dans les histoires.
Et cette représentation est d’autant plus importante lorsqu’elle ne constitue pas le sujet du livre.
Un personnage noir n’a pas besoin de vivre une histoire sur le racisme.
Un enfant en situation de handicap n’a pas besoin d’être au centre d’un récit sur le handicap.
Une famille homoparentale peut simplement être… une famille.
La diversité peut exister dans une histoire sans avoir à être expliquée ou justifiée.
Cette question dépasse d’ailleurs la simple présence de personnages non blancs. Les travaux de la chercheuse Sarah Ghelam sur les albums jeunesse publiés en France montrent l’importance de s’intéresser aussi aux histoires qui leur sont données : longtemps associés à l’ailleurs, aux difficultés ou à l’apprentissage de l’altérité, les enfants non blancs restent moins souvent représentés dans des récits où ils vivent simplement leur quotidien. (Source : travaux de Sarah Ghelam sur la représentation des personnages d’enfants non blancs en littérature jeunesse)
La représentation ne concerne pas uniquement les enfants qui ont rarement l’occasion de se voir dans les livres.
Elle concerne tous les enfants.
Parce qu’un livre permet aussi de rencontrer quelqu’un qui ne nous ressemble pas.
Une autre famille. Une autre culture. Une autre apparence. Une autre façon de vivre ou de penser.

Et plus cette diversité fait naturellement partie des histoires rencontrées pendant l’enfance, moins elle apparaît comme quelque chose d’exceptionnel.
C’est aussi cela, la littérature jeunesse : des miroirs dans lesquels se reconnaître et des fenêtres par lesquelles découvrir les autres.
Mettre des personnages différents sur une couverture ne rend pas automatiquement un livre inclusif.
La question est aussi : quelle place leur donne-t-on dans l’histoire ?
Ont-ils une personnalité ?
Peuvent-ils être imparfaits, drôles, agaçants, courageux, rêveurs ?
Ont-ils le droit de vivre une grande aventure qui n’a absolument rien à voir avec leur différence ?
La représentation devient réellement intéressante lorsque les personnages ne sont plus là pour « représenter la diversité », mais simplement parce qu’ils font partie du monde que raconte le livre.

Imaginez une bibliothèque entière dans laquelle aucun héros ne vous ressemble.
Jamais les mêmes cheveux.
Jamais la même famille.
Jamais la même culture.
Jamais quelqu’un comme vous au centre de l’histoire.
Puis, un jour, vous ouvrez un livre et vous vous voyez.
C’est précisément ce moment qui a donné naissance aux Éditions Visibles.
Nous croyons que chaque enfant devrait pouvoir connaître cette sensation.
Mais nous croyons aussi qu’un enfant devrait pouvoir ouvrir un livre mettant en scène quelqu’un qui ne lui ressemble absolument pas… et avoir simplement envie de savoir ce qui va lui arriver à la page suivante.
Parce qu’au fond, c’est peut-être là que commence la représentation la plus naturelle.
Quand elle ne surprend même plus.
Se voir, ça change tout.
Et voir les autres aussi.