Et si on arrêtait de vouloir répondre à toutes les questions des enfants ?

Article publié sur le site: 7 sept. 2026 Nombre de commentaires: 0 commentaires
Et si on arrêtait de vouloir répondre à toutes les questions des enfants ?

« Pourquoi ? »

Quand on vit avec un enfant, on finit par connaître ce mot par cœur.

Pourquoi le ciel est bleu ? Pourquoi il faut aller dormir ? Pourquoi les escargots ont une maison ? Pourquoi je dois partager ? Pourquoi les gens meurent ? Pourquoi il y a des pauvres ? Pourquoi lui a le droit et pas moi ?

Certaines questions nous font sourire. D’autres nous obligent discrètement à sortir notre téléphone pour vérifier que, oui, les escargots ont bien des dents (beaucoup trop de dents), d’ailleurs.

Et puis il y a les questions qui nous arrêtent.

Celles auxquelles on ne sait pas vraiment quoi répondre.

Face à elles, notre réflexe d’adulte est souvent de chercher la bonne réponse. Celle qui sera juste, adaptée à son âge, rassurante, éducative. Celle qui nous permettra de refermer proprement la parenthèse.

Mais si toutes les questions des enfants n’avaient pas besoin d’une réponse ?

Une question n’est pas toujours une demande d’explication

Quand un enfant demande : « Est-ce qu’on est obligé d’aimer tout le monde ? », il ne cherche pas forcément une définition de l’amour ou un petit cours sur le vivre-ensemble.

Il est peut-être en train de penser.

Et penser, ça commence souvent par une question.

Les enfants essaient constamment de comprendre les règles du monde dans lequel ils viennent d’arriver. Ils observent ce qu’on leur dit, ce qu’ils voient, ce qu’ils ressentent. Et forcément, parfois, ça ne colle pas.

On leur dit qu’il faut être gentil avec tout le monde, mais ils rencontrent des gens qu’ils n’aiment pas.

On leur dit qu’il faut toujours dire la vérité, mais ils nous voient répondre « très bien, merci » alors qu’on vient de passer une journée catastrophique.

On leur apprend qu’il ne faut pas faire de mal aux autres, puis ils découvrent la guerre.

Alors ils questionnent.

Et ces questions ne sont pas des problèmes à résoudre. Elles sont souvent la preuve qu’une pensée est en train de se construire.

Le questionnement joue justement un rôle essentiel dans la construction de l’esprit critique. Éduscol souligne l’importance de la curiosité, de l’écoute, de la suspension du jugement et du questionnement du monde pour construire progressivement une pensée autonome. (Source : Éduscol – Ministère de l’Éducation nationale)

« Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? »

C’est probablement l’une des réponses les plus simples que l’on puisse faire à un enfant.

Et pourtant, on l’oublie souvent.

— Pourquoi certaines personnes sont méchantes ?
— Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

Tout à coup, la conversation change.

L’enfant n’est plus seulement celui qui pose une question à l’adulte qui sait. Il devient quelqu’un dont l’idée mérite d’être entendue.

Et ses réponses peuvent être étonnantes.

Elles peuvent aussi être maladroites, contradictoires, complètement farfelues ou changer trois minutes plus tard.

Ce n’est pas grave.

Le but n’est pas qu’il trouve immédiatement la bonne réponse. Le but est qu’il apprenne à chercher, à expliquer ce qu’il pense, à écouter une autre idée et, parfois, à changer d’avis.

Donner de la place à la parole de l’enfant passe aussi par l’écoute active. L’UNICEF recommande notamment de montrer son intérêt pour ce que l’enfant raconte, de lui poser des questions et de lui permettre de développer sa pensée sans jugement. (Source : UNICEF)

On a aussi le droit de dire « je ne sais pas »

Pour un adulte, ces trois mots peuvent être étrangement difficiles à prononcer devant un enfant.

Je ne sais pas.

Nous avons tellement l’habitude d’être ceux qui expliquent.

Mais dire « je ne sais pas » ne nous fait pas perdre notre place d’adulte. Au contraire, cela montre quelque chose de précieux : on peut ne pas savoir et rester curieux.

On peut même ajouter :

« Je ne sais pas. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Ou :

« Je ne sais pas. On cherche ensemble ? »

L’enfant découvre alors que ne pas savoir n’est pas un échec. C’est parfois simplement le début de la réflexion.

Ces échanges où l’adulte répond à l’enfant, rebondit sur ce qu’il exprime et poursuit la conversation sont précieux pour son développement. Le Center on the Developing Child de l’Université Harvard souligne l’importance de ces interactions réciproques entre l’enfant et l’adulte dans le développement du langage et des compétences sociales et cognitives. (Source : Center on the Developing Child – Harvard University)

Apprendre à penser plutôt qu’apprendre quoi penser

Nous avons évidemment des choses à transmettre à nos enfants. Des valeurs, des limites, des connaissances. Tout ne peut pas être transformé en débat permanent, surtout à 7h42 lorsqu’il faut mettre ses chaussures et partir à l’école.

Mais il existe aussi des moments où nous pouvons résister à l’envie de donner immédiatement notre réponse.

Laisser quelques secondes de silence.

Demander : « Pourquoi tu me poses cette question ? »

Ou simplement écouter jusqu’au bout.

Parce qu’aider un enfant à grandir, ce n’est pas seulement remplir sa tête de réponses.

C’est aussi lui donner suffisamment confiance dans sa propre pensée pour qu’un jour, face à une idée, une règle, une injustice ou une évidence apparente, il ose se demander :

« Mais pourquoi ? »

Et qu’il sache qu’il a le droit de chercher la réponse.


Et si on philosophait ensemble ?

C’est justement l’idée de nos Goûters philo aux Éditions Visibles : partir d’une grande question, écouter ce que les enfants ont à dire, confronter les idées et réfléchir ensemble sans chercher à leur souffler « la bonne réponse ».

Pour notre prochain rendez-vous, le 12 septembre à Genève, nous partirons d’une question qui paraît toute simple :

« Est-ce qu’on est obligé d’aimer tout le monde ? »

Goûter philo 1 – 12 septembre – 10h30

Et quelque chose me dit que les enfants auront beaucoup de choses à en dire.

Article publié sur le site: 7 sept. 2026

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