Pourquoi j’ai écrit « Non, nos livres ne sont pas réservés aux enfants noirs » sur ma vitrine

Article publié sur le site: 14 sept. 2026 Nombre de commentaires: 0 commentaires
Pourquoi j’ai écrit « Non, nos livres ne sont pas réservés aux enfants noirs » sur ma vitrine

Depuis quelque temps, une question revient régulièrement devant la boutique des Éditions Visibles.

Pas toujours formulée exactement de la même façon, mais l’idée est souvent la même :

« C’est une librairie pour les enfants noirs ? »

La réponse est simple.

Non.

Nos livres ne sont pas réservés aux enfants noirs.

On les y voit, c’est tout.

Et si cette phrase est aujourd’hui écrite en grand sur notre vitrine, ce n’est pas par provocation gratuite. C’est parce qu’elle résume parfaitement une confusion que nous rencontrons encore très souvent.

Pourquoi voit-on encore les personnages noirs comme une “spécialité” ?

Lorsqu’un album jeunesse met en scène un enfant blanc, personne ne se demande spontanément si ce livre est destiné uniquement aux enfants blancs.

Il est simplement considéré comme un livre pour enfants.

Mais lorsqu’un personnage noir apparaît en couverture, le regard change parfois.

Le livre devient alors, dans l’esprit de certaines personnes, un “livre pour enfants noirs”, un livre “sur la diversité”, voire un objet éditorial de niche.

Pourtant, une histoire d’amitié reste une histoire d’amitié.

Une aventure reste une aventure.

Une histoire drôle reste une histoire drôle.

La couleur de peau du personnage principal ne devrait pas décider à elle seule de la personne à qui le livre s’adresse.

La représentation n’exclut personne

C’est précisément pour cela que Les Éditions Visibles existent.

Pas pour créer une littérature réservée à certains enfants.

Mais pour faire en sorte que davantage d’enfants puissent exister dans les histoires.

Pendant longtemps, de nombreux enfants ont grandi avec des livres dans lesquels les héros ne leur ressemblaient jamais.

Et ils les lisaient quand même.

Ils s’identifiaient à eux.

Ils voyageaient avec eux.

Ils riaient avec eux.

Ils avaient peur avec eux.

Alors pourquoi faudrait-il imaginer aujourd’hui qu’un enfant blanc ne pourrait pas faire exactement la même chose avec un personnage noir ?

Se voir dans les livres est important. Découvrir ceux qui ne nous ressemblent pas l’est tout autant.

Alors j’ai décidé de l’écrire sur la vitrine

Je voulais un message simple.

Un message suffisamment fort pour arrêter le regard.

Un message qui réponde à la question avant même qu’elle soit posée.

Alors nous avons écrit :

« Non, nos livres ne sont pas réservés aux enfants noirs.
On les y voit, c’est tout.
Ça t’intrigue ? Entre. »

Le mot NON est volontaire.

Il surprend.

Il interrompt le regard.

Et surtout, il oblige à lire la suite.

Quand j’ai imaginé cette vitrine, certaines personnes m’ont d’ailleurs dit qu’un grand “NON” pouvait sembler trop frontal.

D’autres trouvaient au contraire qu’il avait exactement la force nécessaire.

J’ai longtemps hésité.

Puis j’ai décidé de faire confiance à mon intuition.

Et depuis la pose, il se passe quelque chose d’assez drôle

Depuis l’intérieur de la boutique, je vois les passants.

Certains marchent rapidement devant la vitrine.

Puis ils aperçoivent le message.

Ils ralentissent.

Ils lisent.

Et très souvent…

ils sourient.

Certains sortent même leur téléphone pour prendre la vitrine en photo.

Et plusieurs entrent ensuite dans la boutique.

Exactement ce que j’espérais.

Le message interpelle, mais il ne ferme pas la porte.

Au contraire.

Il invite à entrer.

Une librairie pour tout le monde

Les Éditions Visibles publient des livres dans lesquels les enfants noirs occupent simplement une place normale.

Pas forcément pour parler de racisme.

Pas forcément pour expliquer leur couleur de peau.

Pas forcément pour porter un message particulier.

Parfois, ils vivent simplement une aventure.

Et c’est peut-être ça, finalement, la véritable normalisation de la diversité dans la littérature jeunesse.

Ne plus avoir besoin de justifier pourquoi un personnage est noir.

Il l’est.

C’est tout.

Et l’histoire peut commencer.

Alors si tu passes devant notre vitrine à Genève et que le message t’intrigue…

entre.

On te montrera les livres.

Et tu verras très vite qu’ils sont pour tout le monde.

Article publié sur le site: 14 sept. 2026

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