Pourquoi les enfants ne parlent-ils pas toujours lorsqu’un adulte dépasse leurs limites ?

Article publié sur le site: 14 sept. 2026 Nombre de commentaires: 0 commentaires
Pourquoi les enfants ne parlent-ils pas toujours lorsqu’un adulte dépasse leurs limites ?

On imagine parfois qu’un enfant saurait reconnaître immédiatement une situation dangereuse.

Qu’il dirait non.

Qu’il partirait.

Qu’il raconterait ce qui s’est passé à ses parents.

Mais dans la réalité, les choses peuvent être beaucoup plus complexes.

Que se passe-t-il lorsque la personne qui dépasse les limites d’un enfant est quelqu’un qu’il connaît ? Quelqu’un qu’il aime ? Quelqu’un en qui lui et sa famille ont confiance ?

Et que se passe-t-il lorsque l’enfant ne sait même pas vraiment expliquer pourquoi une situation le met mal à l’aise ?

Comprendre ces mécanismes est essentiel pour éviter de faire reposer sur les enfants une responsabilité qui appartient toujours aux adultes.

Le danger ne ressemble pas toujours à un inconnu

Pendant longtemps, les messages de prévention destinés aux enfants ont beaucoup insisté sur les inconnus.

Ne suis pas quelqu’un que tu ne connais pas.
N’accepte rien d’un inconnu.
Méfie-toi des personnes que tu ne connais pas.

Ces conseils peuvent évidemment avoir leur utilité.
Mais ils ne suffisent pas lorsqu’on parle de violences sexuelles.

L’Organisation mondiale de la Santé définit notamment la maltraitance de l’enfant comme pouvant survenir dans le contexte d’une relation de responsabilité, de confiance ou de pouvoir.

Cela change considérablement la manière dont on peut parler de prévention avec les enfants.

Car une personne qui franchit leurs limites peut aussi être une personne qu’ils connaissent et avec laquelle ils ont construit une relation.

C’est précisément le choix que nous avons fait dans Mon corps est à moi – Parlons d’attouchements.

Dans l’histoire, Tichéri adore son oncle Stéphane. Il est drôle, attentionné et elle aime passer du temps avec lui. Elle n’a donc, au départ, aucune raison de se méfier de lui.

Et c’est important : un enfant peut apprécier une personne et être pourtant mis mal à l’aise par l’un de ses comportements.

Dire « non » n’est pas toujours aussi simple

Nous apprenons aux enfants qu’ils ont le droit de dire non lorsqu’un geste les dérange.

C’est important.

Mais il faut également leur apprendre autre chose : ne pas réussir à dire non ne les rend jamais responsables de ce qui leur arrive.

Face à une situation inattendue, intimidante ou incompréhensible, un enfant ne va pas forcément crier « NON ! ».

Il peut se taire.

Il peut reculer.

Il peut hésiter.

Il peut ne pas comprendre immédiatement ce qui est en train de se passer.

Il peut aussi sentir que quelque chose le dérange sans parvenir à expliquer pourquoi.

Dans Mon corps est à moi, cette idée occupe une place importante : le livre explique aux enfants qu'un refus peut prendre différentes formes et qu'un adulte doit être attentif à leurs paroles mais aussi à leurs réactions.

La prévention ne devrait donc jamais se résumer à :

« Si quelqu’un fait quelque chose qui te dérange, dis non. »

Parce que si l’enfant n’y parvient pas, que comprend-il ensuite ?

Qu’il aurait dû se défendre ?

Qu’il aurait dû parler ?

Qu’il a fait quelque chose de mal ?

La responsabilité du respect des limites ne repose pas sur lui.

La manipulation peut aussi passer par l’affection

La manipulation ne ressemble pas nécessairement à une menace.

Elle peut aussi passer par des paroles qui semblent agréables.

Tu es spéciale.

Tu es très mature pour ton âge.

Je t’aime beaucoup.

Tu peux me faire confiance.

Dans Mon corps est à moi, Stéphane valorise Tichéri, lui explique qu’elle est spéciale et très mature, puis utilise progressivement leur relation pour essayer de déplacer ses limites.

Plus loin, les pages pédagogiques du livre reviennent justement sur ces mécanismes de manipulation et sur l'utilisation possible de l'affection, de la valorisation ou de la confiance.

C’est aussi ce qui rend certaines situations si difficiles à comprendre pour un enfant.

Comment quelqu’un que j’aime peut-il faire quelque chose qui me met mal à l’aise ?

Est-ce que je peux aimer cette personne et ne pas aimer ce qu’elle vient de faire ?

Est-ce que j’ai le droit de lui dire non ?

Ces contradictions peuvent être extrêmement difficiles à démêler lorsqu’on est enfant.

Le secret peut devenir un outil de manipulation

Tous les secrets ne sont évidemment pas inquiétants.

Préparer une surprise pour l’anniversaire de quelqu’un est un secret.

Mais il existe une différence importante entre un secret qui procure de la joie et un secret qui provoque de la peur, de la honte, de la culpabilité ou du malaise.

Dans l’histoire de Tichéri, Stéphane utilise justement le secret pour tenter de l’empêcher de parler. Il lui fait craindre les conséquences que la révélation pourrait avoir sur les personnes qu’elle aime.

Le livre revient ensuite explicitement avec les enfants sur la différence entre les secrets agréables et ceux qui font peur ou mettent mal à l’aise.

On peut donc transmettre un message très simple :

Un secret qui concerne ton corps ou qui te fait peur peut toujours être raconté à un adulte de confiance.

Même si quelqu’un a demandé de ne rien dire.

Même si cette personne affirme que quelque chose de grave arrivera si l’enfant parle.

Même s’il avait promis de garder le secret.

Parler peut prendre du temps

C’est peut-être l’un des éléments les plus importants à comprendre.

L’OMS rappelle que la maltraitance des enfants est souvent cachée et que seule une fraction des enfants victimes en parlent. Son manuel clinique destiné aux professionnels de santé insiste justement sur la nécessité de savoir communiquer avec les enfants en toute sécurité et de réagir de manière appropriée lorsqu’une situation de maltraitance est révélée.

Cela signifie qu’un enfant peut continuer à jouer, aller à l’école, rire ou voir la personne concernée sans raconter immédiatement ce qui s’est passé.

Son silence ne permet pas de conclure qu’il ne s’est rien passé.

Et lorsqu’il parle enfin, la question ne devrait pas être :

« Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? »

Mais plutôt :

« Merci de me l’avoir dit. »

Quand un enfant parle, notre réaction compte

Dans Mon corps est à moi, lorsque Tichéri finit par parler à sa mère, celle-ci lui fait comprendre qu’elle ne va pas la gronder, l’écoute et lui dit qu’elle a bien fait de raconter ce qui s’est passé.

Cette réaction n’est pas anodine.

L’UNICEF France recommande, en cas de suspicion de violence sexuelle, d’être à l’écoute de l’enfant, de l’accueillir avec bienveillance et de lui rappeler que les faits subis ne sont pas de sa faute.

Un enfant qui parle peut avoir peur de ne pas être cru.

Il peut craindre d’avoir fait une bêtise.

Il peut aimer la personne dont il parle.

Il peut raconter les choses dans le désordre ou ne pas avoir les mots exacts.

La première chose dont il a besoin n’est donc pas nécessairement d’une série de questions.

Il a besoin de comprendre qu’il peut parler.

Qu’on l’écoute.

Et que ce qui lui est arrivé n’est pas de sa faute.

Donner des outils sans donner la responsabilité

Apprendre aux enfants à reconnaître leurs limites, à dire non, à identifier les comportements qui les mettent mal à l’aise et à demander de l’aide est précieux.

L’OMS inclut d'ailleurs parmi les approches de prévention les programmes permettant aux enfants de mieux comprendre le consentement, les violences et l'exploitation sexuelles et les moyens de demander de l’aide et du soutien.

Mais il existe une nuance essentielle :

donner des outils à un enfant ne signifie pas lui confier la responsabilité de sa propre protection.

Un enfant peut avoir appris à dire non et rester tétanisé.

Il peut connaître les règles et être manipulé.

Il peut savoir qu’il doit parler à un adulte et avoir peur de le faire.

Aucune de ces réactions ne fait de lui un responsable de ce qu’un adulte ou un autre enfant lui a fait subir.

Pourquoi nous avons créé Mon corps est à moi

C’est précisément cette complexité que nous voulions pouvoir aborder avec les enfants.

Dans Mon corps est à moi – Parlons d’attouchements, Tichéri n’est pas confrontée à un personnage immédiatement présenté comme dangereux.

Elle est confrontée à quelqu’un qu’elle aime.

Elle hésite.

Elle ressent un malaise.

Elle est manipulée.

Elle a peur des conséquences.

Et finalement, elle parle.

L’histoire permet ainsi d’aborder les limites corporelles et les comportements inappropriés sans demander à l’enfant de commencer par parler de lui-même.

Après le récit, le livre propose également des pages permettant d’aller plus loin : questions, situations à identifier, vocabulaire, différentes manières de demander de l’aide et pistes de discussion.

Parce qu’un livre ne remplace évidemment ni les adultes protecteurs ni les professionnels.

Mais il peut offrir quelque chose de précieux :

des mots pour commencer une conversation.

Pour aller plus loin

Organisation mondiale de la Santé – Maltraitance des enfants

OMS – Manuel clinique : intervenir en cas de maltraitance des enfants

UNICEF France – Violences et agressions sexuelles des enfants

Et pour poursuivre la discussion avec les enfants, Mon corps est à moi – Parlons d’attouchements est accompagné de ressources pédagogiques conçues pour aider les parents, enseignants et professionnels à ouvrir la conversation.

→ Accéder aux ressources pédagogiques


Article publié sur le site: 14 sept. 2026

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